Stances décousues

Ce sont des terrains de sport vide ou le ciel bleu promène en laisse 2 ou 3 cumulus. 

Une poche de chips éventrée a fait le chemin depuis la station service jusqu’aux vestiaires.

La perspective des thuyas mène l’œil vers le local à poubelles. 

Là, deux adolescents  s’embrasseraient dimanche après-midi.

Les grises journées adolescentes meurent, demeurent.

 

Adorateurs de chemins qui connurent tant d’éclipses, les morts caniculaires me repeuplent

Je ne me souviens plus des noms qui étaient les nôtres : lagagnes du chien Flambeau, sa tête sur les genoux, bréchet de volaille jeté sous la table, confitures attrappées au fond du payrol, cendres d’août ?

Soleil pâle habillé d’un voile blanc
Longue saison perdu
d’un temps dont personne n’a voulu
Saison des haies, des marges, des parapets

Saison des solitudes roncières
Rider on the storm d’Espinas à Arnac
sur l’azur de la mob
mélange deux temps
à la manivelle dans les bleds

 

Assises sous le tilleul bleu elles équeutent les haricots. 

Passe l’ombre du matin.

Le naufrage électronique s’enfonce dans l’ultime orgasme sous le feu scintillant des missiles intercontinentaux. 

 

Escanés au cloaque putride de tous les possibles mort-nés.

Connections tétaniques dans l’urgence absolue de lécher leurs culs de platine

Garder les morts à la cave comme les anciens palestiniens. Se soumettre de temps à autre à leurs faces émaciées ricanantes, les cavernes filasses de leurs orbites. Qui mort qui vivant ?

Vandoises perdues du Dourdou de Camarès dans la fraiche incandescence de juillet

Glaciale coulée du Tarn

nous avons fait l’amour sur ce roc

au milieu de la rivière

au fond du temps.

Bournazel Marnaves Mouzieys-Panens. Faille temporelle d’où surgissent brusquement la charrette à foin de Gabriel, le pare-brise maculé d’insectes de Jacques, défilent les bois noirs des chênes raboteux.

C’est à Marnaves, dans la Peugeot deux-cent-quatre bleu ciel, précisément sur cette route des vendredi soir, dans cette courbe entre talus et rivière, et en bas grisaille le Cérou dans le lacis des buis, quand buis il y avait, là que mon père racontait l’histoire des loutres du moulin de Cérou.

Mon père parle, volubile cette fois, ouvrant, royal, une nature pleine d’anguilles, de poissons, d’eau, de rêves, d’un temps où les loutres apprivoisées du molinier jouaient et pêchaient dans la rivière.

Passé le col de Saburo, nous descendons vers un petit balcon herbeux. L’enfer s’ouvre alors devant nous : un immense chaudron de granit, cerné de pics, hérissé d’énormes chaos de blocs effondrées les uns sur les autres dans le cauchemar figé d’une éternité morainique . 

Le travail du temps détache parfois quelques rocs qui sombrent alors dans un fracas d’orage tout au fond, maculant ça et là de leurs carcasses blanchâtres les eaux noires du Styx. 

Sur les bords supérieurs de ce vaste cirque minéral, des barrages de pierres de tailles furent édifiés autrefois par un ancien peuple. Ces constructions destinées à contenir les eaux débordantes des neiges d’antan, surplombe désormais le vide laissé par la sêcheresse anthropoclimatique  déchainée. L’enfer ne s’est pas fait en un jour

Elle me dit :  » Comment tu trouves cette fille ? »
Magnifique, Je n’ai pas bougé la tête, pas osé la regarder à nouveau. Teint mat, très bronzéé, épaules mi-nues, en noir, brune au cheveux courts en bataille. Une androgynie discrète soulignant mieux que tout sa féminité.
Ton beau visage concentré, ce monde crevard ne le mérite. Elle s’en va, sac à dos en compagnie d’une femme plus agée.

Hirondelles, rire fractal de l’espace, se posent sur le fil en petits comités de babil, ailes s’ouvrant frétillantes pour un bain de soleil couchant, soudain s’envolent toutes dans un éclat, nous frôlent pure vitalité, puis vont tutoyant l’immensité.

Le climatiseur bronzine.

La chambre de l’ Epahd est plongée dans l’ombre, la porte du couloir grande ouverte à contre jour.

La tête en arrière sur le fauteuil roulant, déformée par l’âge et le parkinson, la mère sombre dans un sommeil de pierre.

On entend plus loin des jeunes femmes parler doucement, rire aussi, dans une langue mélodieuse, inconnue.

Puis les voix s’arrêtent. Le climatiseur bronzine.