Naïf cynique
Capital et race, histoire d’une hydre moderne
Sylvie Laurent, Seuil, 2024
Pour Sylvie Laurent, le racisme moderne prend racine dans la « découverte » et l’exploitation du nouveau monde. On rencontre par ailleurs dans son livre des personnages qu’on n’attendait pas forcément au coeur de la meute et de la curée exploiteuse, tel que le libéral Voltaire, en fait bien plus ultra que sa légende d’humaniste éclairé ne le laisse supposer à priori. Voila un candide plein de cynisme.
« La correspondance de Voltaire témoigne d’ailleurs de sa
parfaite connaissance des rouages du capitalisme
financier et marchand. Il s’y plaint de la dégradation de la
qualité des esclaves à prix constant : « IL y a trente ans
qu’on avait un beau nègre pour cinquante livres. C’est à
peu près cinq fois moins qu’un bœuf gras“. » Dans un
échange épistolaire inquiet avec son comptable,
l’investisseur s’enquiert régulièrement de ses placements
dans l’industrie sucrière, en particulier lors des
perturbations provoquées par la guerre de Sept Ans sur la
production de sucre aux Antilles : « Nous n’avons plus de
nègres pour travailler dans nos sucreries. » »
p.136 (Sources : voir Capital et race, notes)