La rivière

Frédéric Jacques Temple, Poèmes, éditions Jorn.

La Rivière

             à Julien Gracq

J’ai reconnu la rivière

par les sentiers d’autrefois

en foulant les javelles

et les marjolaines d’été.

Au détour des collines

(vert et cendre)

la Sorgues ricochait

sur les rochers velus

déliant les échos

nichés dans la saulaie des berges.

Cinquante ans de soleils et d’averses

dormaient dans le parc indéchiffrable

(toujours la fragrance amère du buis

qui hante la fuite inchangée de l’eau

où luit le sombre de la truite fulgurante) .

Du faîtage invisible des arbres,

vergnes, rouvres, fayards, séquoias médusés,

(seul j’ai vieilli pour n’être pas resté)

se coulait l’angoisse murmurante des êtres

réveillés par l’intrus : « il revient, le voici,

il ose enfreindre le silence du temps ! »

Ainsi bruissent les cimetières

ensevelis sous les ronciers

lorsque l’enfant retourne vers les ombres.

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