Ribemont- Dessaigne, beauté des cendres…
Georges Ribemont-Dessaigne
L’immense beauté des cendres, journal, inédits et autres textes (1911-1950)
Editions Les Cahiers, septembre 2025
Le chant du cygne, Activité n°3-4, Paris, juillet-août 1933
[…] Le tragique de notre situation vient de ceci : nous avons appelé à grands cris la révolte de la partie opprimée de l’humanité. La Révolution partout et toujours. Mais dans cet appel à la libération de l’homme il y avait une singulière confusion, et c’est cette confusion que les révolutionnaires, les vrais, c’est-à-dire ceux auxquels nous nous adressions avec le cœur sur la main, les communistes, ne pouvaient admettre. C’est elle qui a fait le drame latent des surréalistes et des communistes. Il n’y a pas de « Révolution partout et toujours ». Il n’y à pas de suprématie de l’esprit, pas de libération de l’humanité de La condition humaine. Il y a des révolutions bien déterminées, et en particulier La révolution au nom du Marxisme avec dictature du prolétariat. Mais certe révolution-là terminée, l’asservissement des hommes à leur dure destinée, au travail, aux terribles lois de l’intérêt commun, reprend de plus belle, c’est pourquoi il y a tant de points communs entre les états de fait suivant Les diverses révolutions, tant de similitudes dans la tyrannie collective du communisme russe, du fascisme italien, du national-socialisme allemand.
Et le tragique, disions-nous, c’est de voir que toutes les libérations que nous avions rêvées dans la meilleure des révolutions, la plus belle, celle qui avait tous nos espoirs, la russe soviétique, s’effondrent, Bien mieux, il apparaît que ces libérations-là (on comprend que nous voulons parler de toutes les libérations morales) s’effondrent sous des tyrannies nouvelles et dont toute la beauté ne vient que de la force ascensionnelle. Mais un jour viendra où celle-ci arrivera à son point mort, et Le sort de l’humanité ainsi asservie apparaîtra comme toujours misérable.
Mais que dire alors d’une effroyable explosion de tyrannie collective comme celle du National-Socialisme ? Ne voit-on pas avec quelle facilité routes les pseudo-conquêtes de l’esprit humain, toutes ses ivresses de libération sont tombées dans l’ignominie et dans une apothéose mystico-bestiale ? Ne voit-on pas à la merci de quoi se trouve ce qui demeure entre nos mains ? N’est-il pas permis de trembler en constatant à quoi obéit la condition humaine ? […]