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Christian Fulas, La pire espèce

Christian Fulas, La pire espèce, Editions La Peuplade.

Une écriture directe pour décrire un monde, la Roumanie post-communiste : fric, cynisme, corruption, manipulation. On peut faire un parallèle avec Houellebecq (Anéantir), un Houellebecq qui aurait quelque chose à dire, qui aurait cessé son hypocrisie typiquement franchouillarde. Chez Fulas, les femmes ne sont pas non plus épargnées (exemple ci-dessous), mais avec un tout autre talent que l’ironie mysogine facile du français. . Pour la partie de l’oeuvre plus directement politique, je vous laisse découvrir. Juste une réflexion : le double sens du titre, en tout cas dans sa traduction française est plutôt judicieux : la pire espèce, ce sont les acteurs de cette triste mascarade de démocratie, mais sans doute aussi l’espèce humaine. 

Pour info, les « corporatistes » (corporastitii en roumain), ce sont les salariés des multinationales, souvent des cadres à gros salaires. 

Elle avait vite appris l’art de frimer, le grand art à la base de la communication entre humains, plus ancien que l’histoire de la civilisation, au fond un vrai métier aux racines plus profondes encore que la prostitution, la reine sans couronne du travail. Parler affecté, émaillé d’anglicismes et d’exclamations d’étonnement ravi, d’attendrissements flatteurs, à la base du romglais de tout corporatiste triomphant ; ondulation calculée de la croupe, devenue réflexe avec le temps, petit doigt dressé au-dessus de la tasse de café ou du verre de bon vin, signe de distinction, d’origine, d’éducation raffinées ; regards jamais directs, toujours un peu soucieux sinon légèrement songeurs ; art du décolleté jamais vraiment exposé, perpétuellement suggéré jusqu’à la limite de l’opulence ; mécanique quantique de la barrette du string tantôt voilée par le tissu vaporeux du pantalon en tissu, de rigueur pour les soirées, tantôt mise en évidence à quelques centimètres au-dessus de la ceinture, tantôt juste au-dessous pour donner l’impression de l’absence de sous-vêtement ; regard espiègle ou amusé, jamais froid ou fâché ; chorégraphie achevée, subtile, de la position des jambes, langage de la disponibilité jamais totale mais seulement indiquée.par un jeu dont le but n’était pas forcément de finir au lit mais de promettre sans tenir. Elle avait appris l’art de vivre dans le monde sans s’attirer une mauvaise réputation ni déchoir, chose ardue dans un contexte où seuls comptaient le fric, le sexe et les relations, comme dans tout secteur économique sérieux. C’est ainsi qu’elle avait acquis une image, d’abord, puis des postes toujours supérieurs, enfin de l’argent et des biens immobiliers. Sans rien donner à personne, elle semblait disponible à tous, rentrant seule chez elle, le soir ou le matin, prête à une nouvelle journée de combat. Tout ce qu’elle voulait, son seul rêve, ne pas être pauvre.

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