Présent antérieur

Annie Ernaux, mémoire de fille

Des êtres nous habitent et voudraient  une fois encore être et se justifier : c’est nous même qui nous revenons, avec  la sensation même et la douleur de ce que nous fûmes.

« Je me demande si je n’ai pas voulu, en fixant interminablement cette photo, moins redevenir cette fille de 1959, que capter cette sensation spéciale d’un présent différent du présent réellement vécu — celui où je suis en ce moment assise à mon bureau devant la fenêtre — un présent antérieur, d’une conquête fragile, peut-être inutile, mais qui me paraît une extension des pouvoirs de la pensée et de la maîtrise de notre vie.[…] 

Le paradoxe c’est que je ne voudrais jamais redevenir celle que j’étais dans cette chambre -c’est même une chose terrible à imaginer- entre l’été 59 et l’automne 60, dans le plein mitan du désastre. »

Annie Ernaux

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