Biotech

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Jacques Testart est un exemple frappant pour illustrer le thème abordé ici : la main-mise technologique sur les parcours personnels des scientifiques. Testart est le père des bébés éprouvettes, mais était-ce vraiment sa vocation ? Aujourd’hui il continue à s’exprimer pour le contrôle démocratique des sciences.

 

J’ai entendu il y a longtemps le biologiste Jacques Testart à la radio dire en quelque mots son expérience, qui m’a semblé assez intéressante pour être discuté. 

C’est son amour de la nature qui lui a fait choisir la biologie. Normal. Or il s’est retrouvé rapidement devant un dilemme : Il n’y avait tout simplement pas (ou très peu) d’études de haut niveau concernant la « nature », et encore moins de débouchés professionnels. C’est devant ce constat qu’il a fait comme beaucoup d’étudiants : il a choisi la seule voie un peu moins risquée et qui valorisait le parcours universitaire : la biologie moléculaire. 

Et en effet il semble aujourd’hui plus que jamais hors de doute que les connaissances biologiques se situent définitivement au niveau moléculaire génomique, protéomique, bio-informatique, etc. La biologie mime ainsi la physique qui a trouvé son graal dans la physique des quantas. Et de même que son grand modèle, cette voie vers l’infiniment petit ouvrent de juteuses perspectives industrielles, et de carrières.

Or cet adossement de la biologie à l’eldorado technologique éloigne souvent définitivement le biologiste de la nature. Les études de la nature, études taxonomiques par exemple, ne se portent pas très bien. Des labos ont fermé, de nombreux spécialistes partent à la retraite puis au columbarium. Pas de galons, pas d’argent, pas de carrière, même les bons tirent le diable par queue. Alors pourquoi perdre du temps ces sujets pas sexy, qui sentent le formol des vielles armoires de musée.

Bien sûr il suffit d’un filet à papillons au naturaliste, tandis que pour donner le moindre résultat la biotech aura produit un demi-camion de plastiques et de déchets chimiques… 

Cela dit, tenir un discours passéiste et rétrograde comme je le fais ici est assez problématique. Pour être juste les bureaux d’études ont pris la relève des universités, et les carrières « nature » sont toujours possibles, voire plus étoffées aujourd’hui que du temps de Jacques Testart.

Dans les années soixante-dix, des taxonomistes comme Henri Descamps par exemple découvraient encore en France de nombreuses nouvelles espèces dans un ordre d’insectes aussi bien étudié que les trichoptères. Aujourd’hui, il n’y a (quasiment) plus de nouvelles espèces à « découvrir », et c’est justement la biologie moléculaire qui fait souvent évoluer la taxonomie.

En fait je crois que j’essaie de décrire un malaise plus personnel, au regard d’une situation plus globale : l’emprise hégémonique de la technologie sur nos vies, et sur notre environnement, et bien sûr sur notre environnement professionnel, y compris dans les métiers de « la nature ».

 

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