Evolution de l’évolution
Stephen Jay Gould,
La Structure De La Théorie De L’évolution
NRF Essais Gallimard
Stephen Jay Gould a commis un essai de plus de 1000 pages, avec tout le poids de sa notoriété, pour se permettre d’émettre quelques avis contraires au maitre (Darwin). J’avoue ne pas l’avoir lu (encore) en intégralité, mais quelques bons morceaux tout de même, passionnants. Il essai en particulier de faire valoir la simple idée iconoclaste selon le dogme darwinien, que la sélection naturelle s’exerce marginalement sur les individus, mais elle s’exerce d’après lui essentiellement entre les espèces : les mécanismes évolutionnistes auraient lieu plutôt à ce niveau, voire aux niveaux encore supérieurs, et dans ces mécanismes en premier lieu la barrière reproductive, l’isolation des espèces qui en découle. Il appelle ça l’émergence des propriétés nouvelles au niveau de l’intégration biologique que représentent les niveaux d’organisations supérieurs, et donc en particulier les espèces, mais pas que.
J’aime imaginer ce genre d’exemple : est-ce que le vol plus ou moins lent d’un moustique par rapport à son voisin direct dans l’espace, et donc son « fitness » personnel va avoir une incidence essentielle sur l’hirondelle ou la chauve-souris qui va le gober, ou le rater. certainement pas, il était simplement sur la trajectoire. Mauvais karma. Par contre l’espèce dont l’habitus consiste à voler très près du sol, ou dans des secteurs, des créneaux horaires plus tranquilles, pourrait avoir statistiquement un avantage, mais en tant qu’espèce.
Je pense souvent aux éphémères, premiers êtres vivants sur terre à avoir « inventer » le vol. Après 250 millions d’années de bons et loyaux services, ils sont toujours là. Insectes archaïques quoique splendides et parfait à leur manière, leur vol est très fruste. Ils ne connaissent qu’une marche avant poussive, un vol pendulaire de pariade sans la moindre acrobaties. Malgré ses handicaps sévères et la survenue plus tardives d’insectes véritables surdoués de la voltige comme les mouches vraies, ils sont toujours là ! La nature n’est pas spécialement darwinienne si on va par là.
Il est vrai que le principal modèle d’adaptation que Darwin avait en tête, c’était les modifications rapides de la morphologie des bovins anglais soumis à la sélection de l’élevage. Il est vrai que l’homme a par exemple fait subir aux chiens des modifications incroyables d’une race à l’autre. Pourtant il n’en est jamais sorti une espèce nouvelle, et cela depuis le néolithique. D’ailleurs les chiens s’hybrident toujours avec les loups dont ils sont issus (quelle espèce de loup ? cela est au-dessus de ma compétence)
Darwin, pur produit de la société Victorienne régnant sans partage sur le dix-neuvième siècle, a pu bénéficier d’un crédit sans faille de la part d’un système qui approuvait les supposés politiques sous-jacents de sa théorie. Et en effet les vainqueurs apprécient particulièrement les tautologies simples : nous sommes les maitres car c’est nous les meilleurs, les plus aptes, etc. D’ailleurs la preuve, la nature nous donne raison. La encore S.J. Gould n’hésite pas à aborder le sujet.