Fascisme fossile
Fascisme fossile,
l'extrème droite,l'énergie, le climat
Zetkin collective, éditions La fabrique
Essai paru en 2020 et magnifiquement illustré en 2026 par l’actualité, le Trumpisme, l’affaire du détroit d’Ormuz : remettre au centre du jeu les énergies fossiles à travers une politique totalement mortifère, créer les conditions d’une vaste spéculation qui a permis aux majors pétrolières de faire des milliards de bénéfices en quelques mois. Et ceci alors que l’année 2026 s’annonce comme le véritable prélude aux catastrophes climatiques qui nous attendent, les fleuves européens transformés en oueds, l’europe se transformant bientôt en Sahara Septentrional.
« S’accrocher au business-as-usual dans le présent génère des irrationalités, mais la perspective d’une catastrophe aussi. Elle peut rendre les gens fous. face aux forces de l’effondrement qui avancent à grands pas, plus puissantes que jamais, sans que la possibilité de les contrer n’émerge, sans échappatoire et à mesure que les contraintes d’une potentielle résolution du problème augmentent, il pourrait bien ne rester qu’une seule option: soutenir les forces de destruction. La vie dans le capitalisme tardif comporte
« des absurdités, dont la plus flagrante réside dans la menace que fait planer sur l’humanité la technologie même qu’elle a développée pour se rendre la vie plus douce. Qui veut survivre dans les conditions actuelles est donc tenté d’« accepter » de telles absurdités, comme le verdict des étoiles, plutôt que d’essayer de les comprendre, ce qui supposerait un effort de réflexion susceptible d’attirer sur l’individu des difficultés et des ennuis de tout ordre’. »(Note 786, Adorno, Des étoiles à terre, Paris,Exil,2000,p.29. Notons que la citation d’Adorno intégrée ici date des années 50, le capitalisme « tardif » tarde et s’attarde…)
Le négationnisme est un palliatif : il permet de gérer temporairement l’anxiété, pendant que la menace grandit, Arrive alors un moment où le désarroi doit trouver un exutoire. Et c’est là que les fascistes entrent en scène, offrant de canaliser l’insécurité et la paranoïa loin de « leurs causes objectives». Plus ces raisons objectives seront terrifiantes, plus cette offre sera séduisante; plus le statu quo paraît bétrifié, plus il semble hors de contrôle, plus ces sentiments s’exacerbent. « Il est indiscutable que des masses de plus en plus importantes cherchent une issue à la terrible misère de ce temps, notait Clara Zetkin. Il ne s’agit pas simplement pour elles d’avoir l’estomac plein, les meilleurs éléments cherchent une issue à leur profonde misère spirituelle?, »
Les psychologues ont montré que lorsque des individus ressentent une perte de contrôle, ils sont enclins à créer « des schémas de perception illusoires » pour restaurer un sentiment de contrôle : les théories du complot sont une option, comme peuvent l’être l’affirmation de la grandeur d’une nation ethnique et la haine envers une minorité raciale. Adorno et Horkheimer expliquent que cette haine «ne se relâche pas, parce qu’elle ne connaît pas de satisfaction ». Parce qu’elle supporte le poids d’un statu quo destructeur, elle ne peut être satisfaite mais seulement répétée avec rage. Et l’on peut supposer que l’anxiété inconsciente liée à l’état de la planète n’est pas étrangère à certaines récentes explosions de racisme. Si un tel effet existe, il risque de s’intensifier dans un avenir proche à mesure que la crise paraîtra de plus en plus terrifiante et imparable : il y aura une quantité énorme d’énergie à la recherche d’un contrôle compensatoire, Le nationalisme est déjà un pas vers l’excès. »
On voit que le capitalisme tardif, ne succombe pas pas à ces propres contradictions, contrairement à la doxa classique marxiste. Au contraire, ces contradictions ramènent les éventuelles alternatives dans le vortex de plus en plus puissant du système dominant, comme un trou noir se mourrit des étoiles périphériques. Ce sont bien des manipulations de l’opinion à l’échelle planétaire dont il est question aujourd’hui, le capitalisme actuel, ces divers avatars dictatorials, excédant largement sa propre définition pour être « la crise » au pouvoir.