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Daniel Guérin, Fascime et grand capital

Daniel Guérin, Fascisme et grand capital, ed Libertalia

Un classique efficace et intéressant. Guérin, parti du communisme, en vient finalement après 1945 à chercher une troisième voie entre communisme et anarchisme. Son action infatiguable s’est aussi attaquée à la défense de l’homosexualité, très largement tabou dans les milieux de gauche de son époque. Cette étude est contemporaine de son sujet. L’auteur procède  à une comparaison systématique entre le Fascime italien, et le national socialisme, suivant étape par étape, la prise et l’exercice du pouvoir des deux dictatures.
Résumons : à l’issue de la boucherie de 14-18, les peuples européens ont un peu partout, arrachés de meilleures conditions de travail, ils sont parvenus à s’organiser, à se syndiquer, signer des accords collectifs, etc. Cela évidemment, le pouvoir économique, les patrons, grands ou petits, dans l’industrie ou dans les grands domaines agricoles, ils ne l’acceptent pas. Les fascistes seront le bras armé par le capital pour renverser les jeunes républiques et établir une dictature à leur service. Ce n’est évidemment pas une vue de l’esprit et Guérin s’applique à détailler ce processus, presqu’en journaliste.

 Sans développer,  Il faudrait tout rapporter, donc voici quelques extraits. Toute ressemblance avec des postures contemporaines n’est certainement pas fortuite.

La soif de mythe

« À partir du moment où le fidèle croit, rien n’est plus facile que de jouer avec la vérité et avec la logique. Il n’y verra que du feu. Et si, par hasard, il ouvrait les yeux, on les lui refermerait avec cet argument suprême : c’est ainsi parce que le Chef l’a dit! Au surplus, le fascisme a la chance d’adresser ses appels à des malheureux et à des mécontents. C’est un phénomène psychologique vieux comme le monde que la souffrance prédispose au mysticisme. Au-delà d’un certain degré de misère, l’homme ne raisonne plus, il ne réclame plus de remèdes logiques à ses maux, il n’a plus le courage de tenter de se sauver hui-même. Il attend un miracle. Il appelle un sauveur. Il est prêt à le suivre et à se sacrifier pour lui. »

L’homme providentiel

« Puis l’homme providentiel attendu se présente. Mais il n’est encore qu’un mortel comme les autres On va le diviniser par degrés. Il ne peut, évidemment, y parvenir tout seul; fort heureusement pour lui, son entourage lui prête la main. Chaque matin et chaque soir, ses adulateurs le désignent aux foules comme l’Élu. Les premiers temps, on ne les croit pas; leurs tentatives de canonisation sont vraiment par trop grossières. Elles font rire. Mais ils sont patients, et le temps travaille pour eux, Dix fois de suite ils ont proposé, sans succès, leur messie, Mais la onzième fois, le petit-bourgeois se dit : « Après tout, c’est peut-être bien lui le sauveur! C’est ainsi qu’en Italie, Farinacci et quelques autres, inlassablement, « tissent un mythe » (l’expression est du comte Sforza”), autour de Mussolini. En Allemagne, Esser, dès février 1921, sacre Führer son ami Hitler. Rosenberg et Goebbels poursuivent, des années durant, je travail commencé par Esser. »

La gauche impotente

Il faudrait décrire cette bureaucratie ouvrière, conservatrice et routinière, installée dans l’ordre existant, ces «bonzes» repus et satisfaits, régnant, avec les gros sous des travailleurs, dans de somptueux buildings intitulés « maisons du peuple »; conquérir un mandat législatif, s’incruster dans un bureau syndical est devenu la règle de vie des chefs de ce socialisme dégénéré. Ils ne croient plus, ils jouissent. Et ils veulent des troupes à leur image, des troupes sans idéal, attirées seulement par des avantages matériels.

Le crime politique

« II arriva plus d’une fois, raconte Hitler, qu’une poignée de nos camarades s’affirmât héroïquement contre une énorme masse de rouges qui hurlaient et qui cognaient. Il est vrai qu’on eût pu finalement venir à bout de ces 15 à 20 hommes. Mais les autres savaient qu’auparavant au moins une quantité double ou triple de leurs partisans aurait eu le crâne défoncé […]. Et comme ces gars entraient alors dans la mêlée! Comme une nuée de guêpes, ils se ruaient sur les perturbateurs […] sans se soucier de leur supériorité numérique, fût-elle écrasante, sans craindre d’être blessés et de verser leur sang”. ».
C’est à cette époque que le préfet de police dé Munich, Pôhner, lorsqu’on lui signale l’existence de « véritables organisations d’assassinat politique », répond : « Oui, oui, mais trop peu“! »

Exemples de politique salariale en Italie fasciste

1) Remplacer les anciens salaires contractuels par des salaires d’entreprise : les prétendus « contrats collectifs » qu’ils imposent à leurs exploités par le truchement de l’État fasciste ne sont pas, en effet, des contrats «nationaux» ou, plus exactement, toutes les clauses en sont nationales, sauf celles concernant les salaires. Les anciens contrats collectifs conclus par les syndicats libres tendaient à réduire l’écart entre les salaires d’une région à l’autre et à faire profiter les travailleurs des régions arriérées de certains avantages conquis par les travailleurs des régions plus avancées. Les salaires varient dans les « contrats »  fascistes de région à région, de localité à localité, d’entreprise à entreprise. L’employeur est libre, en fait, de fixer, selon son bon plaisir, les salaires de ses exploités.

2) Pouvoir réduire les salaires sans rencontrer la moindre résistance : contrairement aux anciens contrats collectifs conclus par les syndicats libres, les «contrats» fascistes ne consolident pas pour une certaine période fixée à l’avance les tarifs établis. Ils sont à tout moment modifiables. La loi précise, en effet : « L’action pour l’établissement de nouvelles conditions de travail est admise […], même avant l’expiration de la durée qui y est prévue, à la condition qu’il se soit produit un changement sensible de la situation de fait existant au moment de la stipulation”, » À tout moment, à l’occasion de chaque conflit du travail, la magistrature du travail peut prendre une décision modifiant les conditions spécifiées dans le contrat et les rendre applicables à tous les travailleurs de l’industrie en question”.
Mais souvent, les employeurs n’ont pas même besoin d’abroger les «contrats» en vigueur : il leur suffit, avec la complicité de l’État, de les tourner ou d’en violer ouvertement les clauses : ils déclassent des ouvriers de catégories supérieures dans des catégories inférieures, ils considèrent les minima comme des maxima et réduisent, dès la signature du contrat, tous les salaires qui se trouvent dépasser ces minima. Il arrive même que les syndicats fascistes conseillent à leurs adhérents d’accepter des conditions inferieures aux tarifs contractuels pour ne pas risquer de se priver d’un travail possible”.

En Allemagne

1) Abolir les anciens tarifs contractuels et les remplacer par des salaires d’entreprise : désormais les contrats collectifs nationaux (ou plus généralement régionaux) sont remplacés par des salaires d’entreprise — « Le centre de gravité (« Schwergewicht ») sera désormais dans chaque entreprise », écrit le commentateur officiel de la loi;

2) Différencier les salaires : les employeurs reprochaient aux anciens contrats collectifs de tendre à l’égalisation des salaires et de supprimer de la sorte toute prime à l’initiative, à l’habileté professionnelle. Désormais les salaires sont fortement différenciés : « Les taux minima, spécifie la loi, doivent être établis de manière à laisser une marge pour la rétribution de chaque membre de l’entreprise en raison de son rendement. D’autre part, il y a lieu de ménager des possibilités de récompenser convenablement tout service exceptionnel. »

3) Pouvoir réduire les salaires sans rencontre la moindre résistance : les salaires n’étant plus inserés dans des contrats conclus pour une certaine durée mais dans des « règlements intérieurs d’entreprise » que l’employeur peut modifier (avec la complicité du curateur du travail) selon son bon plaisir, rien ne s’oppose désormais au massacre des salaires.

Le résultat : Le massacre des salaire (résumé)

En italie : la perte de salaire dans l’industrie de 1927 à 1935 est de 60 à 75 %

En Allemagne : de 1933 (prise de pouvoir) à 1935 : la perte de salaire dans l’industrie est de l’ordre de 25 à 40 %. Auquel il faut déduire quantité de retenues (impôt sur le salaire majoré de 25 à 35 %, etc)

Dans les domaines agricole, c’est pire encore.

A lire dans le texte.

 

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